Cela faisait déjà plusieurs jours que je sentais , dans notre petit cabanon, une fébrilité qui m'était familière.
J'en avais d'ailleurs touché deux mots à ma copine Joséphine,
- tu as vu comme il m'a regardé ce matin, cette complicité et cette tendresse, j'en ai encore l'alu qui frissonne et ce nouveau matos qu'il s'est acheté samedi dernier, des
protections épaules et coudes, un nouveau maillot "Spaceinthenight", des nouveaux gants, j'en suis certain, le grand jour arrive ma petite Joséphine ...
Et puis hier après midi, une violente tornade a balayé
notre nid d'amour, je me suis senti arraché du sol avec energie, l'écrin de douceur tissé par Joséphine a volé en éclats, à peine ai-je eu le temps de la voir s'enfuir vers des recoins plus
tranquilles et de lui crier
- Joséphine, Joséphiiinnneee ..... merci pour tout ...
En deux temps, trois mouvements, je suis accroché au prunier, mais qu'ai-je encore fait pour mériter un tel suplice, mon
pilote aurai t'il fait un stage à Guantanamo ces dernières semaines. Juste le temps de me poser la question et je reçois un grand coup de flotte dans la poire, pas le petit jet douillet du
robinet, non! les 120 bars du karcher qui m'éclatent les biellettes, avec la mousse en plus, je hais la mousse !.
- arrête un peu, j'en ai plein les pneus ...
Ce calvaire s'arrête enfin au bout de quelques minutes et fait un place à quelques douceurs, le va et vient de la peau de chamois réveille en moi des sensations assez inattentues. Quelques
giclées d'huile viennent ensuite lubrifier mes articulations et avant même d'avoir compris ce qu'il se passe, je me retrouve les quatres fers en l'air, un nouveau pneu avant, qui n'attendais
que moi pour montrer ces talents d'accroche, venant se lover délicatement au creux de ma fourche, .
- Fais quand même attention mon coco, ton prédécesseur n'a fait que trois mois avant d'être viré, je te conseille de bien tenir la trajectoire dans les virages, j'ai comme l'impression que le
monsieur ne sera pas d'humeur à se ramasser la gueule dans les semaines à venir ...
Enfin, voilà comment je me retrouve en ce dimanche matin couvert mais idéal pour faire du
VTT, impatient de retrouver tous mes potes, ils m'ont tellement manqué durant ces quatre mois d'inactivité ....
Et ils étaient tous là, fidèles à notre rendez vous dominical, La famille Canondale, Treck de St Trop', Lapierre Zesty et Sunn, le
petit dernier de l'équipe, j'avais à peine eu le temps de faire sa connaissance avant mon soleil. Tous propres comme des sous neufs, motivés comme jamais, il
n'attendait que moi pour en découdre sur tous les sentiers de la terre, quelle belle équipe !!!!
- Thierry, l'émotion m'étreins, je sens que je vais versé dans le larmoyant, prends la relève, s'il te plait, Maman ne m'a même pas mis de mouchoirs dans mon
cartable ...
- C'est toujours pareil avec toi Méta, sous tes allures de gros dur, prêt à encaisser les plus gros rochers, les passages techniques infranchissables et à ouvrir la piste quoi qu'il
arrive, tu n'es qu'un gros coeur d'artichaud ...
C'est vrai que j'en avais aussi gros sur le coeur ce matin quand je les ai vu arrivé tour à tour pour notre
rentrée. Question forme physique, tous ne sont pas logés à la même enseigne. Gérard et Phil ne se sont pas vraiment arrêtés de rouler durant l'été, j'ai même entendu dire
qu'ils se sont fait de belles passes d'armes dans les bois de la Valmasque. Suite à son entorse, Cyril a remplacer le VTT en soulevant quelques tonnes de fonte et beaucoup de kilos de
Tropézienne, non pas le gâteau à la crème !. Daniel a vécu un été plutôt calme, vacances, travaux domestiques et peu de sport. Yves et Jeff, après un mois de Juillet assez actif et
une magnifique randonnée de quatre jours à Tende ont profité d'un mois d'août plus récréatif. Quant à moi, mise à part les cinq sorties sur route du mois de juillet et la reprise
du travail début Août, l'été a été rythmé par les séances de plage et de kiné, pas très glorieux de voir son ventre s'arrondir au fil des semaines et de ne rien faire pour l'en
empêcher.
Dès les premiers de roues, je sus que rien n'avais changé, Laurannis devant avec le parcours dans la tête et les Brothers derrière, fidèles et confiants sur le déroulement de
la matinée. Je concocte un circuit que je savais par avance trop difficile pour une reprise mais l'envie et la motivation sont trop forte.
Nous prenons la direction du Vallon de Maure Vieil puis la première partie de la montée en "Z" du Rocher des Monges pour rejoindre ensuite le Col de Théoule. Restait un
dernier détail a régler avant de réellement parler de ma mésaventure au passé, la crainte!. Sera t'elle là dès les premiers virages, vais-je retrouver ce petit grain de folie qui mettait
tant de sel dans mes dimanches matins ?. La première descente me rassure rapidement, un dérapage droite gauche dans une épingle rapide et les sensations reviennent au galop, seul bémol,
j'entends Gérard dérrière moi qui me crie
- Si tu continue comme ça, je le dis à ta femme ....
Le pauvre Gé a connu un moment d'égarement lors de notre sortie route de cet été qui est malencontreusement arrivé aux
oreilles de Madame, j'ai comme l'impression qu'il cherche à se venger, une anecdote qui ressortira peut être un jour au fil de nos aventures ...
Le petit sentier technique qui ramène au Col de Théoule est un vrai bonheur, prudent dans les enchainements je prends un malin plaisir à sauter les petits rochers et à me laisser glisser au
travers de la végétation.
Après ce début de balade quelque peu tonique, je ressens les premières fatigues musculaires. Nous n'avons parcouru qu'une dizaine de kilomètres et je sais que la matinée, bien que belle,
sera longue, très longue. J'ai heureusement un compagnon d'infortune en la personne de Jeff, nous remontons tranquillement vers le Col de la Cadière en discutant de notre été, histoire d'oublier
un peu nos douleurs. Après une pause encas salvatrice au sommet du Col des Replats, nous entamons la descente vers le Lac des Ecureuils par une belle piste sinueuse
et très raide. En bas, c'est la désolation, les ruisseaux sont secs et le lac est au trois quart vide, pas une goutte de pluie depuis le mois de juin et les réserves d'un printemps plutôt
arrosé se sont évaporées en quelques semaines, un peu comme ma forme physique!. Nous passons le fond du vallon du Mal Infernet sur un bon train mais dès les premières pentes du Ravin des
Lentisques, mon vrai calvaire commence. Cyril, Gérard et Phil partent comme des boulets sur ce beau sentier technique et accidenté, Daniel et Yves les suivent à distance et Jeff m'encourage comme
il peut pour je monte sans mettre pied à terre. le souffle court, les jambes dures, la tête dans le brouillard, je subis les aléas du terrain. Les pneus qui s'enfoncent allègrement dans les
lits de cailloux, les trajectoires qui n'évitent aucunes ornières, la roue avant qui contourne un obstacle dans un éclair de lucidité alors que l'arrière se
fait un malin plaisir de passer dessus, déséquilibrant au passage un pilote à la dérive. les mêtres se suivent, se ressemblent et sont interminables, que ce sport est ingrat et qu'est ce que
je fous là ?.
Les copains me disent que j'aurais pu faire plus facile pour une reprise, c'est vrai que j'ai parfois l'impression d'être un testard de première.
Nous récupérons un peu dans la descente de la Gare du Trayas, profitant au passage du paysage toujours aussi beau!.
Encore une dernière difficulté à passer et les crampes sont déjà là, les deux cuisses sont
contractent de concert au sommet d'une petite bosse, Cyril m'aide à les faire passer sous le sourire moqueur de quelques touristes. Je pousse mon habituel petite beuglante dans la
remontée vers le Col de Théoule pour que les hommes en forme attendent un peu les fatigués du jour alors que Monsieur Daniel nous suggère qu'il trouve le rythme un peu lent,
- On a le temps de bronzer au moins aujourd'hui ...
Je me ferai une joie de lâcher mes dernières forces pour le gratter dans le final, peut être m'a t'il laissé gagner en fait!!!.
Nous redescendons par le sentier d'Ushuaïa, refait à neuf par les services forestiers du massif, le plaisir aurait pu être total si les jambes n'avaient pas encaissé autant d'efforts. Je termine
cette belle descente avec Jeff coller à ma roue
- nous aurons été inséparables aujourd'hui, dans les bons et les mauvais moments ...
Ca me rappelle notre première virée, au mois de janvier, dans les environs du Mont
Vinaigre, nous avions terminé dans le même état ...
41 kilomètres au compteur et 800 mètres de dénivelé positif, fallait oser pour une reprise ...
Et Ils étaient tous là
Merci les amis ....
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