A la rédaction d’un Dimanche de VTT.com, la nouvelle tombe vers
la mi-juin, après la rando de Besse sur Issole : « Eh, les gars, il faut qu’au moins deux d’entre vous aillent faire un repérage du côté du Col de Tende. Il paraît qu’il y a des
super-parcours à faire là-bas et notre concurrent, l’Arbanais’ Team, doit y aller début juillet. On ne peut pas rester comme ça à se faire griller la politesse ! Ils vont encore faire
un CR d’enfer sur VTT83 et nous, on n’aura que nos yeux pour pleurer» s’écrie Laurannis, le Big Boss des LB. Comme personne n’a l’air emballé par son projet, il ajoute qu’on est des
dégonflés (du pneu), que s’il n’était pas blessé, lui, il y serait allé et même tout seul !
Nous, on le laisse dire. On sait comment ça se termine à chaque
fois : C’est toujours Jeff et Yves (c’est moi ! Salut les filles !) qui s’y collent !
Faut dire que la dernière fois que j’ai osé exprimer le début du
commencement de l’idée d’une remarque, ça ne lui a pas plu et résultat : 6 points de suture à l’arcade sourcilière droite !
(Photo
1)
De toute façon, on n’avait pas le choix : c’était ça ou se faire virer par le Big Boss. Et sans indemnité,
encore !
C’est donc la mort dans l’âme que Jeff et moi, les 2 pigistes
d’un Dimanche de VTT, nous prenons la direction de Tende et la vallée de la Roya, en ce matin du vendredi 18 juillet. Je le récupère lui et son magnifique Rush (Photo 1bis), à
9h00 sur une aire d’autoroute entre Cannes et Antibes. Nous embarquons tout son barda et, en route vers la Roya en passant par Vintimille et l’Italie pour se retrouver 1h30 plus tard au camping
municipal de Tende, au pied du fameux col et de son tunnel.
Madame Françoise, la
tenancière de ce joyeux bordel, euh, je veux dire, la gérante du camping, nous montre notre chambre, sympa, genre cellule monacale, mais en plus colorée et avec un cabinet de toilette en
prime.
Jeff qui a un contact sur place, un certain Patrick, lui donne un
coup de fil pour savoir si on peut passer à son local et rendez-vous à peine pris, c’est le Boss qui nous appelle pour vérifier si on n’en pas profité pour se carapater de l’autre côté de la
frontière ! Pfff ! La confiance règne !
Et c’est tout juste si on ne se fait pas enguirlander parce qu’on
n’est pas encore sur les biclous !
Tout doux, le Chef… On n’est pas des
machines !
Allez ! Malgré tout, on se prépare et on commence à monter
vers la place de la Mairie ; là où se trouve le local VTT du fameux Patrick.
Ce n’est pas qu’on saute de joie, mais le turbin, c’est le
turbin…
Donc, après quelques hésitations, on trouve le local que la
mairie de Tende a mis à disposition de Patrick pour tout ce qui concerne le VTT. Il est situé dans la rue principale, juste après la place de la mairie.
Patrick, qui est en train de faire de l’entretien mécanique sur
des vélos de location, nous renseigne sur les circuits du coin et notamment, nous conseille une variante par une descente non répertoriée vers Saint-Dalmas de Tende. Il nous prête également une
carte au 1/25000ème avec les numéros des balises que ne possède pas la nôtre. Elle nous sera bien utile pour la suite du programme…
Pour cette prise de contact avec les circuits de la
Haute-Roya, avec Jeff, on a décidé de se la jouer « modeste » et donc de commencer par un circuit raisonnable : le circuit du Chemin des Bois qui fait une boucle au Sud de
Tende, en surplombant la vallée de la Roya.
Après avoir avalé un sandwich au Bar des Sports, très sympathiquement tenu par Jean-Marc et son frère, qui sont des
grands connaisseurs des sentiers des environs, on entame la montée vers le Hameau de Speggi par une petite route qui serpente d’abord à découvert, puis en sous-bois.
La montée est assez soutenue puisqu’elle avoisine les 10% de
moyenne, mais on y a une vue imprenable sur Tende.
D’ailleurs, réellement « imprenable », car Jeff, dans
la précipitation du départ, a oublié son appareil photo au camping !
Enfin, après 1 heure d’ascension pour 500 m de D+ environ, on
arrive à la balise 344a à 1300 m d’altitude, qui marque le début de notre descente vers Saint-Dalmas (600 m de D- au programme). On va d’abord emprunter la descente « normale » du
Chemin des Bois ; descente en sous-bois de pins, roulante et assez peu technique. Donc, idéale pour habituer nos crampons à un terrain assez différent de celui de
l’Estérel.
Puis, arrivés à la balise 347 vers 1100 m d’altitude, sur les
conseils de notre « coach », l’ami Patrick, on abandonne le tracé principal pour s’engager à droite, résolument dans la pente, par le vallon de Castagne dont on va
découvrir illico qu’il porte bien son nom !
En effet, c’est une tout autre musique que celle que nous jouait
la première partie !
Nous entrons dans un festival d’épingles très serrées dans une
pente soutenue au milieu des châtaigniers, avec des cailloux qui ont une fâcheuse tendance à vouloir jouer les Rolling Stones ! Autant vous dire honnêtement que ni Jeff, ni moi, ne sommes
vraiment à la fête, peu habitués à ce genre d’exercice. Donc, pour nous, la plupart des épingles se passent à pied, et même comme ça, l’équilibre reste précaire…
On se souviendra longtemps de cette 1ère
descente ! Et je ne vous dis pas ce qu’on a mis sur le compte du Boss ! On l’a maudit de nous avoir envoyé dans cette galère ! Il a dû nous entendre jusque dans son nid d’aigle de
Saint-Jean de Cannes, le bougre !
Enfin, vers la fin, soit qu’on s’est amélioré, soit que c’est
moins difficile (plus probablement…), on arrive à rester un peu plus longtemps d’affilé sur le vélo. On est tout de même bien soulagés d’arriver entiers et sans bobo, à côté de l’ancienne gare de
Saint-Dalmas, monumentale et qui dépare un peu dans ce petit village.
Maintenant, les réjouissances se poursuivent par une remontée sur
route vers le Hameau de Granile qui s’avère un peu plus longue que prévue du fait d’une « légère » erreur d’itinéraire de ma part : j’ai confondu la balise 72 et la 73 !
ça devait être des restes des émotions suscitées par la descente du vallon de Castagne !
On arrive finalement à bon port et on quitte la route du Granile
à la balise 41b pour presque 200 m de D- vers Saint-Dalmas, au travers de bois de pins et de chataîgniers.
La 1ère partie descend à flanc, plus ou moins en
balcon, par un sentier très roulant, passant par un petit pont au-dessus d’une conduite forcée amenant l’eau des cimes vers une usine électrique en contrebas. Jeff se fait une petite frayeur en
évitant de justesse un plongeon direct dans la pente ! Le vilain garçon, il ne sait pas quoi inventer pour essayer de me gratter la politesse !
Non, Petit Scarabée (vous l’aurez deviné, c’est le surnom dont je
l’ai affublé !), le vieux en garde encore sous la pédale et il ne rend pas les armes aussi facilement !!!
Enfin, bref, remis de nos émotions, Jeff et moi attaquons la
dernière partie de la descente et, cette fois, ô miracle, nous arrivons à enchaîner toutes les épingles sur les vélos !
Le final est de toute beauté, avec glissades, appels-contre
appels. On s’éclate comme des gosses et c’est fier comme Artaban qu’on débouche sur la route à la balise 41a.
Après s’être congratulés et comme on s’apprête à remonter par la
route de Saint-Dalmas à Tende, qui ne voit-on pas s’arrêter à côté de nous ? L’ami Patrick qui passait par là et nous propose très gentiment de nous emmener avec son mini-bus. Autant vous
dire qu’on n’hésite pas longtemps, courageux comme nous sommes !
Pendant le trajet, quand on raconte à Patrick nos difficultés
avec les épingles de la 1ère descente, il nous explique que lui, il passe tout à vélo, y compris en tandem ! Et en nocturne en plus !
Avec Jeff, on se regarde et on en reste scotchés, limite écœurés,
nous qui avons ramés comme des débutants dans cette p… de descente… Enfin, ça nous montre qu’on a une bonne marge de progression dans ce domaine !
On profite également de cette rencontre inopinée pour fixer avec
lui l’heure du départ du lendemain.
En effet, Jeff et moi nous entendons très bien quand il s’agit de
s’éviter des montées fastidieuses par la route et notamment celle qui mène de Tende au Col du même nom par la mythique route aux 46 virages en épingle !
Rendez-vous est donc pris pour 7h00 tapantes au
local.
Puis après une douche et un bon repas, il ne nous faut pas
longtemps pour trouver le sommeil…
Bilan de cette 1ère journée, 20 km avec 880 m de D+ et
900 de D-. Le Boss trouvera sûrement ça insuffisant, mais s’il n’est pas content, il n’avait qu’à venir lui-même. Non, mais des fois !!!
Pour ce deuxième jour, le programme prévu est autrement chargé, puisque nous devons partir du Col de
Tende vers l’Est et en suivant les pistes qui longent les crêtes frontalières entre France et Italie, traverser le haut plateau de la Maguareis, pour arriver, après une descente
« sportive », à Notre-Dame des Fontaines près de la Brigue.
Nous nous levons donc à 6h00, nous nous préparons (cette fois,
sans oublier l’appareil photo de Jeff !) et allons retrouver Madame Françoise qui nous a préparé un copieux petit déjeuner pour 6h30. Comme il n’y a ni télé, ni radio, dans la salle à
manger, c’est Françoise qui nous fait la conversation, très appréciée par Jeff, surtout de si bon matin !
En fait de conversation, le terme de monologue conviendrait sans
doute mieux…
Finalement, bien lestés, nous décollons en direction du local VTT
où Patrick nous attend comme prévu. Jeff m’a précédé à vélo et je le rejoins en voiture, car nous devons la déposer à l’ancienne gare de Saint-Dalmas, histoire de s’éviter encore
une fois la remontée par la route. Merci encore à Patrick pour ce judicieux conseil !
Et m… au Boss qui nous avait dit : « Et tout à vélo
les gars, hein ?! On va leur montrer à l’Arbanais’Team qu’on n’est pas des lopettes, nous ! »
Donc, pour commencer, et suivre « rigoureusement » les
instructions du Boss, c’est en mini-bus qu’on va se monter la route jusqu’aux 1871 m du Col de Tende !!!
Patrick, après un court briefing, nous laisse avec nos vélos…
dans le brouillard !
(Ph2 , Ph3 , Ph4)
Bon, quand faut y aller…
On part à 8h15 par une montée assez tranquille vers le Fort
Central, un peu lugubre dans cette ambiance noyée de brume…
(Photo 5)
Puis, peu à peu, le soleil perce l’épaisse couche de nuages et
nous pousse à enlever une des nôtres
(Ph6 , Ph7)
La splendeur du paysage apparaît enfin à nos yeux ébahis !!!
Et c’est une féerie de couleurs, de senteurs et de sensations… Magnifique et grandiose !!!
(Ph8 , Ph9)
Après être passés par l’arrivée de 2 télésièges de la station
italienne de Limonetto, nous nous enquillons une montée assez raide avec 3 épingles, puis une légère descente pour arriver au Col de la Perle à 2086 m d’altitude. D’où, on
aperçoit le Fort Central et le chemin déjà parcouru.
(Photo 10)
Ainsi que le Mont-Viso comme une île émergeant d’un océan de
nuages...
C’est le plus haut sommet de la partie des Alpes occidentales en région
italienne du Piémont, culminant à 3841 mètres. (Photo 11)
Et vos 2 serviteurs immortalisés sur ce fond
magnifique.
(Photo 12)
Ensuite, nous gagnons le Col de la Boïra (2102 m) qui marque
l’entrée sur le plateau de la Marguareis. Nous y discutons avec un couple d’Italiens à moto, très sympas, qui ont beaucoup pédalé dans les environs, notamment vers le Fort Peypin, la route du
Sel…
Ah, le plateau de la Marguareis ! Plateau
calcaire de type karstique, sculpté par l’érosion et dont nous avons des exemples avec les plateaux de Caussols et de Calern, au-dessus de Grasse, plus près de chez nous.
C’est le royaume des marmottes (la tache brun clair au milieu de
la photo !) et des vaches piémontaises venues passer l’été, tranquilles, dans les alpages.
(Ph13 , Ph14)
La traversée de ce plateau à vélo se fait sur une piste
passablement caillouteuse et défoncée qui nous oblige à changer perpétuellement de trajectoire et se révèle assez éprouvante pour nous deux, surtout du fait de l’altitude ; nous qui sommes
plutôt habitués à pédaler au bord de la Grande Bleue.
Nous atteignons finalement le Col des Seigneurs
(auraient-ils pensé à nous ?) à 2111 m avec le refuge juste en-dessous.
(Ph15 , Ph16)
Après un halte qui nous permet de nous restaurer et de souffler un peu, nous reprenons la piste qui repasse pour un bon moment sur le versant italien.
Elle porte le nom de Strada dei Ladri, ce qui veut dire, route des voleurs, car elle était emprunté par les contrebandiers ; mais, Jeff l’a rebaptisée pour l’occasion l’Autoroute, car nous
n’allons pas arrêter de croiser ou d’être doublés, par des motos tout terrain, des 4x4, des quads et autres engins motorisés...
C’est ça ce qu’on appelle la fameuse tranquillité de la
montagne !
Cette piste commence par une assez longue montée qui va nous
amener au point culminant de la journée avec ses 2239 m d’altitude. La suite est plutôt descendante et nous la parcourons à un bon rythme, d’autant que la visibilité sur les vallées italiennes
est réduite du fait des nuages qui nous environnent.
On fait juste une petite halte pour nous ravitailler en eau
(Photo
17) . Un peu plus tard, nous débouchons en vue de la
dernière difficulté « montante » de la journée, une suite d’épingles (Photo
18) qui nous amène au Col du Tanarel (2045 m) où nous faisons la
causette avec un berger accompagné de ses 2 patous (Photo 19) les fameux chiens qui protègent les troupeaux des attaques des
loups. On comprend mieux pourquoi quand on examine leur dentition impressionnante…
De là, on entame la descente qui va se poursuivre jusqu’à
Notre-Dame des Fontaines, 1200 m plus bas !
D’abord par une piste large et très roulante : Jeff y fera
une pointe à 48 km/h. Mais on se méfie tout de même, car cette partie est encore très fréquentée : on devra s’arrêter dans une épingle pour laisser passer une bonne vingtaine de motos
remontant vers le col.
Arrivés au Pas de Colle Ardente (1599 m), nous
abandonnons la piste principale pour prendre un single à droite dans les hautes herbes, la descente des Fraches, sur les conseils de Patrick et pour suivre les traces de l’Arbanais’Team qui en a
fait une description « intéressante » et nous a donné envie d’aller nous en rendre compte par nous-mêmes…
Eh bien, ami lecteur (sans doute fidèle, si tu as tenu
jusqu’ici !), sache que la réputation de cette descente n’est en rien usurpée, et mieux vaut l’aborder avec une « certaine » fraîcheur physique, si on veut l’apprécier à sa juste
valeur !
Ce n’est pas notre ami le lézard vert, qui a dû en voir passer
d’autres, qui vous dira le contraire ! (Photo 20)
La 1ère partie est roulante sur un single en balcon
au-dessus du vallon, parmi les mélèzes. Puis, viennent les premières épingles caillouteuses qui nous rappellent des souvenirs de la descente de la veille.
On passe comme on peut, le plus souvent à pied, rarement sur les
vélos. On n’a visiblement pas encore tout capté du virage en appel-contre appel… mais on aura encore l’occasion de réviser avant la fin de notre périple !
Après une partie à nouveau roulante en balcon, de nouvelles
épingles, et Jeff qui me fait un grand numéro d’équilibriste. Le petit cachottier ne m’avait pas dit qu’il maîtrisait aussi bien le nose wheeling !
Il hésite de longues secondes pour savoir s’il va ou non basculer
vers l’avant : « ô temps, suspends ton vol ! ». Et puis, finalement non ! Il décide de retomber sur la roue arrière. Ouf ! Il en est quitte pour une belle
frayeur.
Mais, il nous reste encore la partie la plus exigeante de la
descente, qui alterne des marches, dont certaines bien raides et des épingles caillouteuses, le tout bordé à gauche par un ravin qui ne donne pas vraiment envie d’y aller voir de plus
près.
Le physique commençant à être sérieusement entamé et la technique
n’étant pas vraiment à la hauteur, le vide omniprésent nous incitent à une certaine prudence… Nous faisons donc une bonne partie de cette dernière descente à pied ; le Boss nous ayant bien
prévenu qu’on n’aurait aucune indemnité en cas de bobo. Ah, elle est belle l’exploitation des masses VTTistes par le Patronat !
Arlette, au
secours !!!
A la fin des fins, sans doute protégés par les ondes positives
dégagées par ce haut lieu de pèlerinage et de recueillement, nous arrivons à Notre-Dame des Fontaines (Photo 21), sains, saufs, fourbus, secoués (dans tous les sens du terme !), mais contents,
émerveillés, devrais-je dire, par tous ces paysages traversés et par cette descente, qui de notre avis commun, restera dans les annales de la LB Team !
Nous apprendrons plus tard en interrogeant Patrick qu’il la
descend entièrement à vélo… Tout simplement incroyable au vu des difficultés techniques et des risques de chutes. Bravo l’artiste !
Sur le chemin du retour, il faut mentionner la traversée de la
Brigue toute pavoisée pour un week-end de fête médiévale. Nous récupérons la voiture à Saint-Dalmas avant de remonter jusqu’au camping de Tende.
Le soir après le dîner, nous ne ferons pas long feu. Ça sera
extinction rapide des feux, pour laisser la place aux souvenirs de la journée qui envahiront nos rêves agités…
Bilan de cette 2ème (et grosse) journée : 48 km du Col
de Tende à ND des Fontaines, avec 1100 m de D+ et 2100 de D-. Tout ça en 4h30 de roulage effectif.
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