Un Dimanche de VTT
Pour la quatrième année consécutive, le jeudi de l'ascension, c'est aussi l'ascension du Sommet du Lachens au petit matin, départ d'une nouvelle aventure de 100 kms qui va nous emmener
jusqu'à la mer ...
- Stop, Thierry, on refait le début de l'histoire, ce n'est pas l'aventure qui va t'emmener jusqu'au Issambres, mais Bibi, à savoir "Mister Méta".
- Ah te revoilà, fidèle à ton rendez vous annuel avec la postérité, je te préviens, cette année, je n'ai nul envie de me laisser voler la vedette par un vulgaire tube d'alu, alors si tu veux
causer, il faudrait déjà commencer par changer de ton et envisager un vrai dialogue.
Comme j'essayais de le dire précédement, avec une bonne partie des Laurannis Brothers, Dan, Phil,
Jeff, Yves et Gérald ...
- Thierry.
- Quoi encore!!
- Faut que tu m'expliques, dans le camion, il y avait le Vtt de Gé qui n'arrêtait pas de sortir ses habituels conneries, empêchant tout le monde de dormir, et tu ne l'a pas citer, vous
êtes fâches ?
- Non! y a pas d'embrouille, mais cette année, Gé a préféré passer quelques jours sous le soleil Corse, en famille, plutôt que d'en baver 8 ou 9 heures sur son Vélo, il a de "la
chens". Par contre son Spad se retrouve entre les mains de Dan. Je peux continuer mon histoire maintenant où tu compte m'interrompre toutes les minutes, à ce rythme, la mer, on va la voir de
nuit.
- Tu n'as de servir de ton premier neurone pour pédaler et du second pour parler.
Contrairement à l'année dernière, la température au départ est presque estivale, un bon 15° qui nous met
tout de suite dans le tempo. Nous démarrons à 9h00, cette nouvelle journée de bonheur et de douleur.
- Thierry, ce n'est pas une première pour notre ami Phil .
- Bien joué, on voit que tu as travaillé ton sujet, mais je n'ai pas l'impression que cela le stress
beaucoup.
Nous faisons l'habituelle traversée du plateau du Lachens et attaquons la première descente de la journée. Premier virage et comme tous les ans, premiers
dérapages contrôlés ...
- Aie ...
- C'est pour le coup des neurones ...
Nous dévalons rapidement la piste pour atteindre la forêt et le bouchon du Lachens.
- Allo Houston, nous avons un problème.
- Qu'est ce qui t'arrive encore?
- J'ai du jeu dans la direction.
- Tu sors de la révision, j'avais fait en sorte que tout soit nickel et tu n'as que des ennuis, la roue arrière et l'écrou de vidange de fourche étaient mal serrés, maintenant la
potence, c'est du travail de merde, Sordello, tu ne verras plus mon vélo.Tiens le coup, on resserreras çà à Mons.
- Ce n'est pas notre ami Zag devant, tu devrais en profiter pour lui demander de vous tirer le portrait.
- Bonne idée.
Les Gentils Organisateurs de la randonnée ont changé le tracé du premier sentier, peut être pour que le flux des Vttistes se fasse mieux. Ce n'est pas vraiment une réussite,
par contre le single en sous bois est superbe, technique, piègeux et un rien glissant, cela aurait été un régal de le descendre d'un seul jet. En même temps, 750 Vttistes qui se
retrouvent dans un entonnoir, cela ne peut pas passer comme une lettre à la poste ...
- je suppose que tu dis ça pour ceux qui ralent tous les ans alors qu'ils restent encore 95 kms à parcourir ....
- Devines, mais laissons là ces éternels mécontents pour aller flâner sur les haut plateaux varois ...
L'équipe marche fort au milieu de cette magnifique verdoyance, le Lachens nous domine encore un peu mais à cette allure, il ne sera bientôt qu'un lointain souvenir ...
- Thierry, tu le sors d'où ce "verdoyance".
- Il nous a été soufflé par Phil. Au début, on s'est un peu moqué, mais c'est français, pardon Phil !!
- Ce n'est pas Jeff, que je vois débarouler comme un malade? l'édition 2008 ne lui as pourtant pas laissé que des bons souvenirs.
- l'expérience, Méta, l'expérience.
Arrive maintenant le 2ème passage technique, l'an dernier, les fortes pluies de la veille l'avait rendu délicat, cette année, bien sec, c'est
un plaisir. J'utilise au maximum la Gravity Dropper, les trajectoires sont limpides et les épingles se passent avec une facilité déconcertante ...
- Thierry.
- Méta, tu fatigues, j'ai besoin d'un minimum de concentration dans les singles.
-Ta selle télescopique, elle est sympa, mais tous ces va et vient dans le tube, j'ai peur d'y prendre goût.
Le portage, avant l'arrivée à Mons, fait toujours aussi mal aux
jambes, c'est la première difficulté depuis le départ. Il est heureusement suivi d'une belle descente, un subtil mélange de sentiers ludiques et de pistes larges, qui nous amènent directement
chez nos amis Moussencs. Leur accueil est toujours aussi sympathique et le café et la brioche nous font le plus grand bien ...
Nous repartons rapidement pour rejoindre les hauteurs de Seillans.
- Stop, branche dans le dérailleur, ça va exploser.
Un petit incident qui me fait prendre un peu de retard sur l'équipe mais me permets de dévaler une superbe draille calcaire seul au monde, un grand moment de plaisir. Je les rejoints
dans le portage qui suit et nous repartons ensemble jusqu'au premier clash technique de la journée, la 1ère crevaison de Phil. Réparation type formule 1, un qui change la chambre, les autres
qui regardent en déconnant et c'est reparti pour 500m, maillon de chaîne défectueux sur le Vtt de ... Phil. La désolation se lit sur son visage, avant qu'un autre sentiment vienne à nouveau
le submerger, 4 kms plus tard, quand il éclate une nouvelle chambre à air dans une très belle descente sous les pins, la haine ...
Heureusement, le 2ème ravitaillement n'est pas loin et permet d'oublier un peu ces contretemps, de reprendre des forces et de faire une belle photo de famille, merci Zag ...
Plus que 64 kms et nous attaquons maintenant la partie montante du parcours, 10 kms dans la forêt de la
colle du Rouët. Phil comme à son habitude file devant, suivi de près par Dan.
- Dan a
bu du Red Bull? il semble avoir des ailes aujourd'hui.
- Non, c'est l'effet Cannondale Carbon qui le motive comme çà et lui redonne ses jambes de 20 ans, même dans les descentes, il carbure comme un beau diable.
Je monte sur un bon rythme,
Jeff collé à ma roue, la piste est régulière, ombragée. Nous doublons un bon nombre de concurrents qui ont du mal à digérer le taboulé.
- Attention, boss, tu vas trop vite, tu ne tiendras pas comme çà jusqu'en haut.
- T'occupes pas et roules!!
Les minutes s'égrènent dans une nature tranquille et le gazouillis des oiseaux, la tête dans le guidon, je profites à peine du
paysage.
- Thierry, une question me taraude l'esprit.
- Encore une pensée hautement philosophique, je suppose!
- Tu connais les enfants de Koundou?
- Les habitants de la région de Dogon au Mali, parrainer par l'association qui organise cette épreuve, j'ai vu leur reportage sur le site. L'an dernier ils ont financé un moulin
à mil, une charrette et un boeuf pour le village.
- J'ai un peu honte, rien qu'avec ce que je coûte, il aurait pu faire beaucoup plus
- Je sais, Méta, mais nous participons, nous roulons un peu pour eux aujourd'hui. Toutes les semaines, il y a des millions de personnes qui jouent au loto, sans se rendre compte qu'ils ont
déjà gagné le gros lot en naissant du bon côté de la planète. Heureusement, il y en a aussi pour penser à tous les enfants de Koundou et d'ailleurs.
- En attendant, je crois que tu commences à ralentir le rythme, j'avais raison, tu es parti trop vite.
J'arrive au sommet, à bout de souffle, avec Jeff et Gérald, notre
discret métronome, tandis que Dan et Phil sont déjà en train de se restaurer.
Mais où est passé notre ami Yves?, Gérald nous annonce qu'il a eu un problème de crevaison lente au début de la montée. 5, 10 minutes s'écoulent, pas moyen de redescendre et connaissant le
tonus de notre pote dans les montées, nous commençons à nous poser des questions. Il déboule comme une bombe au bout d'une quinzaine de minutes, crevaison, valve défectueuse
et mise en place d'une chambre dans le tubeless pour finir, sa montée a été fastidieuse.
Une nouveauté dans le parcours cette année, la descente rapide et assez dangeureuse qui nous emmenait dans le domaine du Rouët a été remplacée par un tracé qui
descend directement au Château, la piste de l'enfer ...
- tout un programme, je vais encore en prendre plein les suspensions.
- Prends un petit coup d'huile, cela t'aidera.
Sans être aussi cassante, cette variante s'avère aussi jolie à dévaler, avec des pentes assez sévères dans le final. Nous
arrivons au ravitaillement le plus intéressant, Le Château du Rouët, une très bonne adresse pour tous les amateurs de bons vins de Provence. Nous nous satisfaisons de quelques carrés de
chocolat, de pruneaux, d'orange et de beaucoup d'eau, la chaleur devient torride et la traversée de la plaine de Roquebrune risque d'être fatiguante. Encore 40 kms avant d'apercevoir la
mer, c'est long.
- Boss, j'ai l'impression que tes jambes se ramollissent, le coup de mou
n'est plus très loin, Dan!! au secours, j'ai mon pilote qui se liquéfie, aide nous, s'il te plait, sinon la seul mer que l'on verra aujourd'hui ce sera celle de ses enfants
...
Je rame durant 20 bornes, plus de force, je colle la roue de Dan, qui me ramène
patiemment à bon port. Même Phil se chope des crampes dans cette foutue portion qui semble interminable.
- Non Thierry, tu ne vas pas t'envoyer les marches d'escaliers de Roquebrune, ce n'est pas sérieux dans ton étaa aaa aaa aaa aaat, merde il
l'a fait quand même!!! ce mec est fêlé.
Encore un ravitaillement, au bord d'une magnifique piscine, Messieurs les Gentils Organisateurs, c'est presque de la provocation, l'année prochaine
on plonge tous dedans. C'est vrai que les petites collations ne manquent pas tout au long de cette randonnée, toutes copieuses et accompagnées des encouragements et du chaleureux
sourire des bénévoles.
Nous repartons pour l'ultime difficulté du jour, le Massif des Maurres, avec nos amis Véro et Manu, de Vtt
à 2. Jeff a relayé Dan pour m'aider dans cette dernière partie. Nous laissons les autres partir devant, rendez vous au dernier ravito et montons à une cadence
régulière, sans trop tirer sur les jambes, les cinq premiers kilomètres d'ascension de la traversée.
- Méta, on ne t'entends plus, tu en as plein les roulements??
- tais toi et pédales!!
Dernière halte avant l'arrivée, nos compagnons sont
encore en train de grignoter, nous en profitons pour filer à l'anglaise vers le Col du Bougnon. Une dernière descente de folie dans une piste bien rocailleuse, histoire de mettre
nos potes à distance et nous rattaquons les trois derniers kilomètres de montée sur des sentiers raides et techniques, les muscles sont mis à rude épreuve, le coeur
s'emballe.
- Thierry, ton dernier coup d'esbroufe est raté, Yves, Phil, Dan et Gérald sont déjà dans vos
roues, il vous a manqué 800m pour basculer le col en tête et rejoindre le sable fin de la plage. Désolé Jeff, cette fois, tu n'as pas parié sur le bon cavalier.
8 heures pile après notre départ, nous franchissons, les six, la ligne d'arrivée, les traits fatigués et sales, les muscles douloureux mais avec une vraie et fière banane sur les
lèvres.
- Méta, je te laisse le mot de la fin.
- J'ai lu que le Roc Marathon faisait 85 kms pour 2700 de dénivelé positif, ça te tente.
- Pourquoi pas, après tout on fait une bonne équipe ...
Paysages magnifiques, soleil, verdoyance
Chapeau à tous les 6 en tout cas, et à très bientôt !!!
Prends-en de la graine, Thierry !
Quel dialogue, j'ai regretté de ne pas avoir pu être là cette année en vous lisant!
J'ai adoré lire ce compte-rendu qui m'a rappelé de bons souvenirs (le coté difficile s'oublie plus vite en ne laissant que en mémoire que les bons cotés !!)
Les interventions de Méta sont toujours un vrai régal ! Rien que pour ça vivement le Lachens 2010.